IT'S OVER, OVER, OVER,OVER, OVER, OVER...
Je claque la porte et tourne les clés. Il est dix-sept heures. Je rentre des cours, la fatigue m'a accaparé, je suis exténué. Une journée de plus vient de s'achever, une journée passée seul, perdu dans mes pensées. Mes professeurs n'ont pas cessé de me rappeler à l'ordre aujourd'hui, en particulier celle de latin, une vieille sorcière aigrie qui ne se rend pas compte du pouvoir soporifique de ses cours. Je n'en peux plus, les jours se suivent et se ressemblent: mathématiques, anglais, histoire, mathématiques, anglais, histoire... Et en plus de cela, je n'ai aucune affinité avec les élèves qui sont dans la même classe que moi: ils ne parlent que de foot et s'extasient lorsque le directeur annonce la suppression d'une heure de cours. Je ne comprends pas, tout ça me semble tellement banal et dénué de sens. Je me sens vide. Vide comme une orange dont on aurait extrait le jus et la pulpe, ne laissant plus qu'une chair tristement amère.
D'innombrables fois, j'ai flirté avec la mort, essayant d'atteindre ses plus infranchissables limites, traversant la route sans regarder si la voie était libre, ou prenant une overdose de médicament, espérant m'empoisonner... Tout cela pour essayer de combler ce vide en moi.
Je suis fatigué, m'assois sur mon lit. Je ferme les yeux, mon c½ur s'accélère. Mes paupières sont comme des stores, lorsque je les abaisse, je suis plongé dans une obscurité des plus totales. Puis, peu à peu s'offre à moi une douce vision : la lame de mon cutter sort de son étui jaune en plastique industriel. J'active le cran de « sécurité ». La lame est bloquée, plus question de reculer. Doucement, j'approche cette feuille d'argent glacée au creux de mon poignet, et l'espace d'un instant, j'observe les artères bleutées qui transparaissent sous ma chair. Il y a un zombi dans ma tête qui ne cesse de m'encourager, semant la terreur dans mon esprit. Le faire taire, tel est mon objectif, je ne vois qu'une solution. En une fraction de seconde, tout devient limpide.
Le spectacle alors commence : protagoniste du show, la lame, passe à l'action. Elle glisse sur ma peau tel un archet sur les cordes d'un Stradivarius. Ainsi la musique est lancée. Le sang coule à flot, je n'y crois pas. Je ne saisis plus les nuances, et me noie dans la nébuleuse. Autour de moi, tout devient flou, je ne sens plus mon corps.
IT'S OVER, OVER, OVER,OVER, OVER, OVER,OVER, OVER, OVER,OVER, OVER, OVER,OVER, OVER...